Un an du Nouveau Front Populaire, droite radicalisée, prochaines échéances
« Cette fois-ci, c’est immense ! Non seulement nous sommes soulagés, mais nous allons aussi gouverner ! »
Il y a un an jour pour jour, nous poussions les cris de la victoire : le Nouveau Front Populaire venait de remporter largement les élections législatives. Ces cris contenaient beaucoup de choses. Le soulagement d’abord, de voir le Rassemblement national n’arriver que 3ème, alors que Macron, en choisissant de dissoudre l’Assemblée au soir des élections européennes où ils étaient arrivés en tête, avait pris seul une des décisions les plus dangereuses et irresponsables de toute la Vème République. La reconnaissance ensuite, pour les plus de 400 militants qui nous avaient rejoints et qui s’étaient donnés corps et âmes pour faire campagne dans la joie malgré le contexte, et dont la mobilisation a permis la plus grande participation électorale aux législatives depuis 30 ans. L’espoir enfin, avec la victoire d’une gauche unie, sur un programme de rupture, prête à gouverner pour enfin changer la vie des Français.
Évidemment, je n’ai jamais cru que les choses seraient simples ensuite. Et elles ne l’ont pas été. L’autocrate de l’Elysée n’a pas assumé le résultat des urnes. Emmanuel Macron a refusé de nommer un Premier ministre issu de la coalition venant de remporter les élections. Au lieu de nommer Lucie Castets à Matignon, il a nommé Michel Barnier, issu d’un parti ayant fait 6% aux élections, puis un deuxième, François Bayrou, que seulement 6% des Français souhaitaient voir à Matignon. Si cette situation s’était produite dans n’importe quel pays du Sud, nous aurions crié à l’autoritarisme – et à juste raison. Mais non, la France peut poursuivre sans remous sa route vers la démocrature.
En effet, plutôt qu’une réorientation de la ligne politique, ce qui aurait dû être le minimum après la franche défaite du macronisme aux élections, nous assistons à une accélération. L’accélération du programme de Macron d’abord, et une accélération de la conquête idéologique de l’extrême droite sur la classe politique ensuite. C’est ainsi que depuis septembre, le Gouvernement fait voter les pires lois de la période moderne : facilitation de l’incarcération des mineurs, réintroduction des pesticides, austérité budgétaire sans précédent, sacrifices sur le système de santé… Et de son côté, l’extrême droite violente avance de plus en plus décomplexée, et au printemps, des crimes ont été commis au nom de l’idéologie fasciste, à Nantes, Nîmes ou Hyères.
La gauche doit retrouver son mandat
Ce contre-sens historique, où la gauche gagne les élections mais où Retailleau et l’extrême droite gouvernent, ne doit pas nous faire perdre notre cap, notre objectif de prise du pouvoir : transformer le quotidien des gens. En attendant, nous avons le devoir de nous opposer aux injustices et aux politiques de ce Gouvernement. La gauche doit rester sur ses gardes.
Car certains se sont laissés déconcentrer. Soumise au chantage à l’instabilité, une partie du Nouveau Front Populaire n’a pas jugé utile de renverser François Bayrou, le laissant abimer davantage notre démocratie, notre système social, et le résultat du vote de juillet 2024.
Le choix de maintenir ce Gouvernement pèse lourd pour les Français, tant les mesures prises depuis 6 mois représentent le pire de la politique macroniste, qui vise à faire payer à tous les Français les milliards d’euros de cadeaux faits aux plus riches du pays. Par rapport au budget, heureusement censuré, de Michel Barnier, celui que François Bayrou a fait passer grâce au soutien d’une partie de la gauche actait 6,4 milliards de coupes supplémentaires dans des budgets essentiels : agriculture, écologie, santé… Et ses projets pour la suite n’augurent rien de bon : la TVA sociale, qu’il souhaite mettre en œuvre, vise à augmenter les taux de TVA, donc les prix de tout ce que nous consommons, payés par l’ensemble des Français, pour accorder de nouvelles baisses d’impôts et cotisations pour les entreprises et les plus fortunés.
Bref, si c’est une bonne nouvelle que toute la gauche décide dorénavant de censurer Bayrou, laissant au seul Rassemblement national le rôle d’assurance vie de ce Gouvernement, nous avons sans doute perdu beaucoup de temps et certains de nos concitoyens, déçus de ne pas voir le NFP être en phase sur la plus simple des missions : s’opposer à Bayrou.
Ne pas se laisser noyer
Nous devons rester concentrés, et ne pas se laisser noyer. Car l’autre élément flagrant depuis les dernières élections, c’est que les puissants, comme les politiques, qui veulent préserver l’ordre établi, vont tout faire pour ne plus avoir à vivre la situation de l’été dernier. Après la dissolution, ils se sont faits déborder par la question sociale et le barrage au Rassemblement national. Ainsi, pour ne pas se retrouver de nouveau coincés, leur intérêt est d’occulter la question sociale en la remplaçant par la question identitaire : mettre sous le tapis l’essentiel, offrir des passes décisives à l’extrême droite et à Retailleau.
Car là où les macronistes et la droite excellent, c’est arriver à faire parler d’autres sujets pour passer leurs pires mesures en douce. On se souvient de la rentrée scolaire 2023, où Attal avait réussi à concentrer l’attention sur l’abaya, polémique déconnectée de toute réalité, pour mieux faire oublier que 4000 postes d’enseignants étaient vacants. Au moment où Bayrou s’apprêtait à faire passer ses coupes budgétaires indécentes par 49-3, il parlait opportunément de « submersion migratoire » sur un plateau, expression empruntée mot pour mot à l’idéologie d’extrême droite. Enfin, Bruno Retailleau au ministère de l’Intérieur, spécialiste des saillies islamophobes comme avec son « à bas le voile », est une machine à monter de toute pièce des sujets éloignés des priorités des Français, pour faire oublier leur bilan désastreux, tout en stigmatisant des milliers de nos concitoyens. Les effets de cette stratégie irresponsable ne restent malheureusement pas cantonnés aux plateaux télé : le 3 juillet dernier, le ministère de l’Intérieur révélait que les atteintes aux personnes sur des critères antimusulmans avaient augmenté de 209% en 2025. Et les figures d’Aboubakar Cissé et d’Hichem Miraoui, sauvagement assassinés cette année car musulman ou présumé comme tel, nous rappellent la responsabilité qu’ont ceux qui entretiennent dans le pays un climat de haine xénophobe.
On est en droit de se demander également si la même stratégie pousse le Gouvernement à entretenir ce double standard, où la solidarité, légitime, que nous avons vis-à-vis de l’Ukraine, est totalement inexistante lorsqu’il s’agit de s’engager pour faire cesser le génocide en cours à Gaza. Alors que depuis bientôt 2 ans, Netanyahou commet massacres, crimes de guerre et nettoyage ethnique contre les Palestiniens, les courageux dockers de Marseille, en refusant de charger un container, nous ont révélé un fait lourd de sens : la France continue de livrer des armes à Israël. Derrière les dénonciations – très timorées – de l’action d’Israël par le Gouvernement et le Président, la réalité est donc bien différente, et la France arme la main de celui qui commet un génocide. Dans le même temps le Gouvernement fait voter des lois pour faire taire les étudiants qui dénoncent ces crimes. Nos dirigeants semblent également avoir oublié l’existence du droit international, quand ils applaudissent des deux mains les attaques préventives, et donc interdites, lancées par Netanyahou contre l’Iran. Ces politiques ont donc affaibli comme rarement auparavant la parole de la France sur la scène internationale, et nous rendent complices en n’agissant pas pour faire cesser ce qui restera dans les livres d’Histoire comme un terrible génocide.
C’est sur tout cela que nous ne devons pas nous laisser noyer par l’agenda de droite et d’extrême droite. La gauche doit être au front pour dénoncer les oppressions où quelles soient. Nous devons également être au front pour mettre en lumière la casse sociale et le racket qu’organise les macronistes – couverts par le RN – sur l’ensemble des travailleurs et retraités Français.
Droite et extrême droite se perdent
Malgré leur bruit et leur brutalité, ce que nous voyons chaque jour sont les spasmes d’agonie du macronisme et du libéralisme. Ils sont en phase terminale, mais leur instinct de survie les pousse à se raccrocher à tout ce qu’ils peuvent pour prolonger leur semblant de vitalité.
La détestation dans le pays de ceux qui l’incarnent, Président et Premier ministre en tête, atteint des sommets, et leur pouvoir ne repose plus sur aucune légitimité. Ils ne doivent leur survie qu’au soutien permanent et renouvelé à l’Assemblée d’un Rassemblement national lui aussi en perdition. Après la condamnation en première instance de Marine Le Pen à une peine d’inéligibilité pour avoir volé plus de 4 millions d’euros d’argent public dans les caisses du Parlement européen, et alors qu’une nouvelle affaire de détournement d’une somme similaire – révélée la semaine dernière par Le Monde – pourrait mettre en cause cette fois Jordan Bardella, le parti est de plus en plus tiraillé par ses contradictions internes. Alors que la première se veut la garante d’une ligne sociale-nationaliste – si tant est que cela existe – et se présente comme défenseuse des classes populaires, le second incarne de plus en plus une ligne libérale, et brade sans complexe toutes les mesures programmatiques pseudo-sociales, en tête desquelles la suppression de la réforme des retraites, réforme contre laquelle s’opposaient pourtant 85% de leurs électeurs. Les désaccords sur le fond et l’ambition concurrente de ces deux egos risque de peser de plus en plus fortement sur la cohésion du parti, qui pourrait avoir intérêt à déclencher de nouvelles élections rapidement, au risque d’imploser sinon. Une censure du Gouvernement à l’automne lors du débat budgétaire, et la dissolution qui s’en suivrait pourrait alors apparaître comme une bouée de sauvetage pour le RN. Sauf s’ils décident, une fois de plus, de secourir le macronisme, et/ou les plus riches du pays, craignant trop que la gauche ne puisse l’emporter.
Face aux effondrements, reprenons pied
Une vision plus large des choses permet donc bien de constater que d’un côté, le macronisme s’effondre, et de l’autre, que la tentative du Rassemblement national de séduire à la fois les travailleurs et les grands patrons les écartèle de plus en plus entre deux positions irréconciliables. Cette fragilisation de ces deux grands blocs politiques ouvre le champ pour la percée d’un troisième bloc. C’est conscient de ce contexte que la gauche, qui a porté le programme du Nouveau Front Populaire, doit incarner l’alternative. Mais encore faut-il prouver que nous pouvons vraiment transformer le quotidien. Incarner l’alternative signifie d’être en opposition réelle et assumée avec ce qui est au cœur des deux blocs en perdition : ultra-libéralisme d’un côté, libéralisme-raciste de l’autre. Il faut donc, sans faux-semblant et sans renoncement, dans nos propositions pour l’avenir comme dans tout ce que nous entreprenons dès aujourd’hui, assumer une politique de rupture franche avec le libéralisme, et ne rien céder sur le champ de la lutte anti-raciste. Les programmes faussement de gauche, qui prônent toujours plus d’Europe du marché et du libre-échange sous couvert d’un réarmement inquiétant, répondant par là aux injonctions des Etats-Unis de Donald Trump nous décrédibilisent immédiatement en tant qu’alternative possible. De la même façon, les tribunes pour expliquer que l’islamophobie n’existe pas, signée par des cadres d’une partie du NFP, trois jours seulement après la publication des chiffres du ministère de l’Intérieur sur les actes anti-musulmans cités plus haut, sont autant de balles qu’une partie du NFP tire dans le pied de la gauche. Il faut faire cesser ces atermoiements, et assumer ce qui fonde les valeurs de la gauche, au risque de ne pas avoir la crédibilité suffisante pour incarner l’alternative.
Municipales, construisons des digues et des alternatives
Outre la potentielle et probable dissolution, les élections municipales seront aussi le reflet de la politique nationale d’une certaine manière. Souvent, la gauche devra faire face à une droite radicalisée et un RN en embuscade. Une droite qui fera tout pour occulter les sujets sociaux afin de priver la gauche d’espace.
Localement, la situation à Limoges est, par plein d’aspects, un exemple et un concentré de ces enjeux. Depuis deux mandats, une liste d’alliance droite-macroniste remporte les élections face à une gauche divisée. Et, tout comme leurs représentants nationaux, leurs appels du pied au Rassemblement national sont de plus en plus manifestes. Au soir du premier tour des élections législatives de 2024, le maire de Limoges se félicitait d’une « droite unie » à 60% dans sa ville. Par droite unie, comprendre : des macronistes au RN. Le président de Limoges Métropole, après avoir passé toute la campagne à attaquer et diffamer l’union de la gauche, disait à la veille du second tour – masquant difficilement son enthousiasme –, « s’il faut travailler avec le RN, bien sûr, je le ferai ! ». Les candidats droite-macronistes qu’ils soutenaient aux législatives, se sont maintenus en triangulaire dans deux circonscriptions sur trois, prenant le risque de faire gagner le RN – même s’ils se sont finalement surtout pris une raclée, en plus de devoir voir le NFP gagner.
Aujourd’hui, nous ne savons pas qui de l’un ou de l’autre mènera leur liste en 2026. Mais cela importe peu. Les deux sont l’étendard de cette droite radicalisée, Retailleau-béate.
Cette fois, la gauche limougeaude ne devra pas répéter ses erreurs passées. Déjà, elle sera beaucoup plus haute qu’en 2020. Ensuite, elle a la capacité de gagner et changer la vie, et devra en convaincre les électeurs. Nous l’avons déjà prouvé avec une première victoire obtenue : après une pétition massivement plébiscitée que nous avons lancée l’année dernière, la métropole a accordé la gratuité des transports le week-end ! Cette victoire est une étape, et une fois en responsabilité, nous devrons aller plus loin, et faire advenir un libre-accès total, ainsi que le développement de l’offre de transports. Au-delà des transports, les sujets pour changer la vie des Limougeauds ne manquent pas : la fermeture de toutes les écoles de la ville pendant la canicule est la cause directe du manque d’investissement dans la rénovation du bâti scolaire. Si encore la mairie avait fourni des ventilateurs dans les classes surchauffées, on aurait pu croire que leur priorité était le bien-être des enfants – mais non, charge aux professeurs d’apporter les leurs s’ils souhaitaient en avoir. Les Limougeauds méritent une mairie à leur service, et je suis déterminé à tout faire pour que la gauche gagne en 2026.
Cette rétrospective souligne à la fois la criticité de la situation, mais également les raisons que nous avons d’espérer. L’année écoulée s’est ouverte sur une première victoire, celle du NFP, et celle qui arrive sera l’occasion de construire les suivantes. Vous pouvez compter sur moi pour m’y dévouer entièrement. En attendant – sauf en cas de dissolution – je vous souhaite à toutes et à tous des vacances bien méritées, auprès de vos proches, et on se retrouve dans les luttes à la rentrée pour faire advenir des jours meilleurs !
