8 septembre 2025 : sauf rebondissement, François Bayrou devrait être renversé par l’Assemblée nationale
Chères Haut-Viennoises, chers Haut-Viennois,
Nous sommes le 8 septembre 2025 et, sauf miracle, François Bayrou devrait être renversé par l’Assemblée nationale. Je souhaite profiter de cette newsletter, cet écrit, pour vous expliquer les raisons de ce renversement. Car, contrairement à ce qui peut être raconté à longueur de plateau, il n’y a pas de gloriole à renverser un Premier ministre. Seulement, dans l’intérêt du pays, nous n’avons pas d’autres choix.
En seconde partie de ce courrier, je souhaite que l’on fasse des hypothèses sur la suite, et surtout que l’on s’y prépare.
Il va m’être relativement difficile de traiter l’intégralité de l’actualité de cet été, mais à mon sens, plusieurs points semblent essentiels pour comprendre les prochains évènements à venir.
Pourquoi en sommes-nous à ce point ?
Dès 2022, Emmanuel Macron n’avait déjà plus de majorité. Lors des élections législatives qui ont suivi la dernière présidentielle, la « majorité présidentielle » (Renaissance, Modem, Horizons) est passée de 361 sièges à 245, sous la barre de 289 députés, seuil au-delà duquel il y a majorité absolue. Pour le parti Renaissance (ex-LREM) du Président de la République, c’est presque une division par deux du nombre de siège : 314 à 172. Pourtant, malgré la déroute, le Président et les Macronistes gouvernent comme s’il ne s’était rien passé. Fort – ou faible – de ce constat, en juin 2024, Emmanuel Macron dissout l’Assemblée. Le résultat est sans appel, le bloc macroniste s’effondre avec 166 sièges, dont seulement 99 pour le parti du Président. Que font les Macronistes ? Ils gouvernent comme s’il ne s’était rien passé.
Emmanuel Macron a refusé de nommer à Matignon Lucie Castets du Nouveau Front Populaire, alors que c’est pourtant la coalition avec le plus grand nombre de députés : 193. Il prétexte qu’un Gouvernement NFP n’a aucune chance de stabilité et sera censuré. Le Président nomme donc Michel Barnier, censuré quelques semaines plus tard, puis Bayrou, qui va s’auto-censurer ce 8 septembre, en invoquant un vote de confiance, qui sera un vote de défiance.
Du temps et de l’argent de perdu.
Le Président a gagné du temps. Nous en avons perdu. François Bayrou a réussi à ne pas être censuré tout en dégradant largement nos services publics. La stabilité promise n’a finalement pas eu lieu, et cela a permis au Premier ministre de nous enfoncer davantage dans l’abîme budgétaire et politique.
Voici quelques exemples de ce que la non-censure de Bayrou a permis.
Pour notre santé, aucune réforme d’ampleur : l’Hôpital se retrouve toujours sous-financé, les urgences continuent de fermer comme à Saint-Yrieix le week-end passé. Même sur les déserts médicaux, alors que l’Assemblée a voté la loi transpartisane contre ce fléau, Bayrou ne l’a pas mise à l’ordre du jour du Sénat et a préféré rédiger une loi concurrente et inefficace. Nos pharmacies sont en danger, car le Gouvernement a décidé qu’une partie de leurs marges reviendrait plutôt aux labos ce qui va faire perdre des dizaines de milliers d’euros aux officines ce qui peut avoir des dégâts considérables, comme m’en ont témoigné plusieurs pharmaciens, de Limoges à Peyrat-le-Château. Enfin, alors qu’un Français sur trois renonce aux soins pour des raisons économiques, un décret est à l’étude pour doubler le reste à charge.
Notre industrie poursuit sa lente chute et les plans sociaux se sont accumulés avec des ministres toujours aussi peu courageux. Ainsi, les aides aux entreprises sans contreparties ont été maintenues, n’empêchant pas Valéo à Limoges de supprimer des postes, ou à Deguillaume d’Eymoutiers de fermer.
Le sous-investissement pour les collectivités territoriales – à qui il est demandé cinq milliards d’euros d’économie – va diminuer d’une part la robustesse des services publics, mais va aussi priver des artisans et entreprises de millions d’euros de commandes publiques. En Haute-Vienne, cette commande représente 70 % du carnet pour les entreprises des travaux publics. La suspension sèche des aides à l’apprentissage ou de MaPrimeRenov intensifie l’instabilité pour les entreprises du bâtiment.
Pour ce qui est de l’Agriculture, ce Gouvernement – et Président – carpette laisse tranquillement Ursula Von der Leyen conclure un accord avec les pays du Mercosur pour importer des tonnes de viande que nous produisons déjà ici, ce qui va ravager le marché français et surtout mettre nos éleveurs face à une concurrence déloyale.
Enfin, je pourrais aussi citer l’annulation d’une commande de deux canadairs dont nous avons grandement besoin alors que nous avons affronté les plus grands incendies du XXIe siècle cet été.
De l’argent gagné pour d’autres.
Il faut voir le verre à moitié plein. Ça marche mieux si vous êtes riche, très riche.
Dans le dernier numéro de Challenges sur son classement des 500 plus grandes fortunes du pays : « Le patrimoine total des 500 a flambé, multiplié par 14. […] sur la période, la richesse annuelle produite par la France, mesurée par son PIB, a, elle, juste doublé. »
La voilà la raison de tout cela. Encore et toujours, il s’agit de protéger ceux qui ont le plus bénéficié de la politique d’Emmanuel Macron. Sur 30 ans, le patrimoine des 500 a été multiplié par 14, mais depuis 2017, il a été doublé ! Pourquoi ? Grâce à une « politique volontariste et très pro-business d’Emmanuel Macron » : des suppressions d’impôts en cascade pour les plus riches comme l’ISF, la baisse de la taxe sur les dividendes, des impôts de production, etc. Ces cadeaux ont été en partie compensés par la TVA que nous payons toutes et tous. Nous sommes passés de « les gros payent gros, les petits payent petit » à « tout le monde paye pareil ». Et ce qui n’a pas été compensé a creusé le trou. Ainsi, si les dépenses sont restées stables en pourcentage de PIB depuis 2017, ce sont les recettes qui se sont effondrées.
Depuis son erreur de 2024, Macron n’a qu’un seul cap : conserver cet ordre des choses.
Macron doit partir
Parce qu’il est le responsable de cet effondrement économique et qu’il est incapable de respecter la souveraineté du peuple, il provoque donc un effondrement démocratique : le Président de la République doit démissionner.
Dire cela, ce n’est pas une proposition révolutionnaire, mais plutôt gaulliste. Ce sont aussi les propositions de Jean-François Copé ou encore Jean-Michel Aphatie. Seule une présidentielle permettra ensuite d’avoir une majorité aux législatives. Sans ça, nous nous enfonçons dans l’abîme.
Toutes nos forces doivent être mises en commun pour atteindre cet objectif. Au niveau parlementaire, en plus de la défiance à Bayrou, le groupe LFI-NFP déposera une motion de destitution. Mais la pression se fera aussi par la réussite du mouvement du 10 septembre qui se veut exprimer une vaste partie de la colère populaire. Chacun doit donc y participer, de Limoges à Paris en passant par Saint-Léonard-de-Noblat.
Préparons tous les scénarios
Pour conclure, nous devons aborder toutes les hypothèses. Acculé, pour se défausser, le Président Macron peut décider de dissoudre l’Assemblée nationale. Sa rencontre avec Gérard Larcher – président du Sénat qu’il est obligé de consulter en amont d’une dissolution – est probablement un signe. Dans ce cas, nous devrons comme en 2024 déjouer tous les pronostics. Tenons-nous prêts.
A très vite,
Damien Maudet
